Réponse aux critiques émises au sujet du projet ADDAX Bioenergy en Sierra Leone

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11.06.2013
Avant tout, il est utile de rappeler que le projet est soutenu ou cité en exemple par les plus grandes autorités en matière de sécurité alimentaire : la FAO et le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter qui dit du projet : « Je me réjouis du soin apporté par Addax Bioenergy aux études d’impact et à l’écoute de la population. C’est une expérience pilote ; si celle-ci ne réussit pas, cela signifiera que rien ne marche ». Le projet est également perçu positivement par nombre d’organisations de la société civile sierra léonaise* , et a fait l’objet de nombreux rapports et articles positifs ou plus pondérés**.


Le projet Addax a pour objectif la production d’éthanol et d’électricité. Il est composé d’une plantation de canne à sucre de 10.000 ha, d’une distillerie d’éthanol, d’une usine de cogénération biomasse et des infrastructures apparentées.

Le projet est financé par un consortium d’institutions de développement renommées, parmi lesquelles, le néerlandais FMO et la Banque Africaine de Développement. A ce titre, les directives environnementales et sociales édictées notamment par l’IFC et la BAD pour ce type de projets ont été et sont évidemment suivies tant au niveau de la faisabilité que de la mise en œuvre du projet. Depuis ces prémisses, BIO ainsi que tout le groupe de financiers a eu pour but d’aider à la création pour l’Afrique d’un modèle durable de production de biocarburants préservant l’environnement et assurant des retombées positives pour le pays et pour les populations avoisinantes.

Une concertation à tous les niveaux

Conformément aux directives des bailleurs de fond, le projet met en œuvre un Stakeholders Engagement Plan. Dès les premières étapes du projet, la concertation à tous les niveaux a été au cœur des préoccupations. Les différentes réunions de concertation impliquent les communautés, les personnes affectées, les groupes les plus fragiles, les autorités traditionnelles et administratives, les différentes organisations de la société civile, etc. Le promoteur a adopté une démarche « bottom-up », essayant toujours de résoudre les problèmes au niveau local avant de faire intervenir les autorités administratives régionales. Les différentes parties prenantes ont non seulement été consultées régulièrement pour la faisabilité du projet mais continuent de l’être pendant sa mise en œuvre. Les habitants des villages impactés peuvent faire entendre leur voix lors de ces réunions ou bien en se rendant dans le Bureau de liaison (Liaisons Office) de leur village, ou encore en utilisant l’une des « Grievances Boxes ».

Des compensations négociées avec toutes les parties prenantes

Il est important de rappeler qu’Addax loue les terres aux propriétaires. Alors que son accord avec le gouvernement de Sierra Leone prévoyait uniquement un bail à signer avec les autorités administratives locales, Addax a souhaité prévoir également la signature d’un document avec chaque propriétaire, et consentir une indemnisation supplémentaire et directe entre la société et le propriétaire. C’est une première en Afrique. Ces « Acknowledgement Agreements » ont fait l’objet de nombreuses négociations et concertations avec toutes les parties prenantes, et les propriétaires ont pu bénéficier de l’appui d’un avocat. Ces documents contractuels ont été également revus par les experts sociaux indépendants mandatés par le groupe de prêteurs. Chaque parcelle, son propriétaire et les cultures et arbres qui s’y trouvent ont été minutieusement répertoriés via un système GPS en vue de l’indemnisation. Au total chaque propriétaire reçoit un montant de 3.2 USD/acre chaque mois. A ceci s’ajoute une compensation précise prévue dans le « Resettlement Action Plan » pour chaque type de cultures et espèces d’arbres qui devront être défrichés pour les besoins du projet. Le niveau des compensations a fait l’objet d’une consultation avec les personnes affectées et le Ministère de l’Agriculture de la Forêt et de la Sécurité Alimentaire. Les compensations sont en cours au fur et à mesure du développement des plantations. « En décembre 2012 (…), des versements d’indemnités pour un montant total de 1.28 million dollars US, ont été payés directement aux propriétaires fonciers en guise de valeurs d’actif des terrains valorisés par le projet*** ».

Un programme de développement agricole pour assurer un accès à la nourriture

Addax a mis en place un Farmer Development Program (FDP) à destination des personnes affectées. Il s’agit de réserver des terres pour la culture de riz à une distance maximale de 3km de chaque village. Cela représente un total de 2000 ha. Sur ces espaces sont organisées des Farmer Field and Life Schools sur un modèle proposé par la FAO. Des techniques d’agriculture modernes y sont enseignées aux paysans. Ce sont 2.000 personnes qui devraient ainsi être formées d’ici la fin du projet. En 2012, le FDP a obtenu un rendement de 1.176kg/ha soit 150 kg/capita, bien au-dessus de la cible de 104kg/capita qui est le seuil estimé pour assurer la sécurité alimentaire et l’achat de produits de base. Ce rendement est à comparer avec des chiffres qui varient entre 350 kg/ha (District Director of Agriculture Ministry) et 800 à 1300 kg/ha (FAO) pour les années précédant la mise en œuvre du projet. Rien n’indique donc que la production ait baissé, au contraire.

Un contrôle permanent de la qualité des eaux et du sol

Un monitoring précis sur base d’échantillons et de contrôles en laboratoire est prévu pour s’assurer de la qualité des eaux et du sol par rapport à une référence établie en 2011 avant le démarrage du projet par un cabinet indépendant (Baseline Study). Pour les eaux souterraines et de surface, les données ne montrent que de légères variations saisonnières et aucun écart significatif par rapport à la situation de référence. Concernant les sols, les échantillons n’ont été prélevés que fin 2012 à cause d’une saison des pluies intense et tardive. Les résultats ne sont pas encore connus à ce jour.

La préservation des réserves d’eau

L’eau nécessaire à l’irrigation des champs de canne à sucre provient de la rivière Rokel. Addax a signé un accord avec le gouvernement de Sierra Leone lui permettant de prélever un volume maximum d’eau dans la rivière. Les experts mandatés par les institutions financières pour l’évaluation du projet ont certifié que ces volumes ne modifiaient pas le flux de la rivière de façon significative et n’affectent pas les ressources en eau de la population. D’ici peu le flux de la rivière pourra être mesuré par un Doppler. Un système de mesure des eaux souterraines est également en cours de mise en place.

Création d’emplois locaux

Au 30 mars 2013, le projet employait 1862 personnes dont 776 permanents, 68% des employés viennent de la région environnante. Le nombre maximal d’employés devrait atteindre environ 2.300 pendant la construction et 2.000 en phase opérationnelle. Le nombre important de contrats à durée déterminée est dû à la nature de l’activité. D’après nos informations, le salaire de base proposé par Addax correspond au double du salaire minimal en Sierra Leone. Les salaires sont réglementés par un conseil national, composé des entreprises et syndicats de chaque secteur et Addax en suit les recommandations pour le secteur agricole. Des mouvements sociaux ont eu lieu fin 2012 pour différentes raisons, certains accords ont été trouvés, notamment une augmentation temporaire de 10%. Plus généralement, nous constatons qu’Addax se montre attentif aux demandes de ses employés.

Une augmentation des revenus du Sierra Leone

S’il est vrai que le projet bénéficie de certaines exonérations fiscales, qui ont permis au gouvernement de Sierra Leone d’attirer un investisseur étranger, le projet paiera l’impôt sur les sociétés à partir de la 10e année et devrait générer d’après nos estimations un total d’environ 200 millions d’euros pour l’Etat sur la durée du contrat. Par ailleurs, le projet permettra d’améliorer la situation énergétique du pays grâce à la construction d’une centrale électrique de 30 MW à base de bagasse (déchet végétal issu de la canne à sucre). Cette énergie propre servira aux besoins de l’usine de production d’éthanol (15 MW) mais sera également délivrée sur le réseau national (15 MW). La capacité nationale de production d’énergie augmentera ainsi de 20% dans un pays où seulement 7% de la population a accès à l’électricité. Enfin le projet a d’ores et déjà un effet démonstratif pour l’économie sierra-léonaise : conformément à la politique du gouvernement, démocratiquement élu, il montre que le pays est ouvert aux investissements étrangers, contribue à l’élargissement de sa base industrielle et est pourvoyeur d’emploi. A notre avis, ces avantages contrebalancent les effets néfastes sur les populations locales qui pourraient persister malgré les nombreuses mesures d’atténuation.

Un projet innovant mais risqué aux yeux des marchés financiers classiques

La mission des DFIs (Development Finance Institutions) telles que BIO est de soutenir des projets économiquement rentables mais dont les marchés financiers ne sont pas prêts à prendre le risque. Si le groupe Addax & Oryx peut facilement lever des fonds sur les marchés pour financer ses opérations classiques, les banques privées ne sont aujourd’hui pas prêtes à prendre le risque à long terme (> 5 ans) d’un projet aussi innovant dans un pays africain en post-crise, au moins à des conditions qui permettent d’en faire un projet rentable. BIO est donc pleinement dans son rôle en finançant ce projet avec ses collègues européens et multilatéraux. Enfin la présence d’institutions comme la BAD ou le FMO ont permis d’imposer au sponsor des exigences environnementales et sociales très élevées dès les premiers stades de la conception du projet.

En investissant dans une large palette de secteurs et sur des projets de taille et de nature très variées, BIO recherche un équilibre et à agir sur tous les leviers nécessaires au développement de ses pays d’intervention. A travers ce projet, BIO privilégie avant tout l’effet structurant sur l’économie d’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Il vient ainsi compléter d’autres projets dont l’objectif premier est par exemple le soutien aux entrepreneurs ou aux agriculteurs locaux.


* Women's Centre for Good Governance and Human Rights, Bombali District Women Farmers’ Cooperative Association

** www.allafrica.com, Nature 23 June 2011, le Temps 13 et 25 février 2010

*** Site internet www.addaxbioenergy.com

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